Compte-rendu d’audience

Alice, en transit du pays des Merveilles, mais toujours de l’autre côté du miroir, nous a fait parvenir ceci :

Le comité de soutien à Se Défendre rend ici compte du déroulement du procès qui a eu lieu les 27 et 28 juin 2015 dans l’enceinte des locaux de Comme Vous Emoi, au 5 rue de la Révolution à Montreuil

Audience du samedi 27 juin

Après l’exposé des faits, au cours duquel le prévenu a été mis en cause dans un cas de défense aggravée en attroupement visant à l’élaboration d’une pensée tactique et de port d’archives par prédestination de catégories Getaway – en l’occurrence des extraits de journaux, tracts, brochures, livres ainsi que des mises en voix sonores et sauvages, sous la forme d’une « liasse » caractérisée – le procureur a requis la rupture définitive des fils de la transmissions des praxis passées et la disparition de toutes traces de luttes, en appliquant une peine de présent indépassable et de fin de l’histoire. Le comité de soutien, en présence quantitativement réduite mais très déterminé, a provoqué un incident d’audience en empêchant le déroulement des débats au cri de « libérez notre Défense Libre ». La séance à été ajournée au dimanche.

Audience du dimanche 28 juin

Bousculant le programme annoncé, l’audience a commencé par la production par la défense de différentes preuves d’alibi qui n’avaient jusqu’alors pas été versées au dossier, notamment sous la forme de deux extraits de Drôle de drame : un où l’on apprend comme il est glissant de s’emmêler dans sa propre version des faits, mal ou pas préparée, lors d’un interrogatoire, qui n’est rien d’autre qu’un rapport de force, et les différentes ruses et ficelles parfois grossières dont use l’adversaire – qui n’a pas toujours la figure d’un flic –, et un autre où démonstration est faite que ne rien déclarer et ne jamais avouer est une garantie éprouvée de Se Défendre, qui permet même dans ce cas précis d’enfermer flics, curés et autres malveillants dans la maison et de fermer à double tour.

Ces extraits furent utilement complétés par une démonstration de la rouerie ouvrière qui sait, quand la solidarité et l’intelligence collective lui en donne les conditions nécessaires, renverser la situation en saisissant le rapport de force au bon endroit, par la figure de Zeke dans Blue Collar, qui finit par obtenir un bouteille de scotch alors qu’il vient de menacer de mort le contre-maître qui, une fois de plus, et comme chaque jour, actualise son pouvoir d’humiliation quotidienne et de larbin du patron.

La plaidoirie de maître Oreste Scalzone – présent dans l’enceinte du tribunal par un astucieux système sonore – s’appuyant sur un refus du jeu du rituel judiciaire, et le débordement des catégories de culpabilité et d’innocence, a cité plusieurs témoins à la barre : Victor Serge, Jacques Mesrine, ainsi qu’un Néo-Garantisme Indépendant et Radical, naviguant sur la ligne de crête d’une défense de rupture faisant bonne place au procès tribune, sans pour autant se désarmer du formalisme juridique, ferraillant pied à pied avec l’accusation.

Pendant ce temps-là, la ré-inscription dans le présent des conflits passés battait son plein hors de l’enceinte du palais de justice, en toute impunité, sous la forme d’exaction et de déprédations telles que :

  • Une exposition d’affiches où l’on pouvait trouver traces du refus du fichage à l’école, d’une mobilisation en soutien à un professeur muté d’office, de la lutte d’objecteurs de conscience contre la militarisation, d’une recette simple pour gagner un peu de liberté, de la résistance à la répression contre l’affichage sauvage, et d’autres
  • L’exposition d’une quote-part importante de la revue Actes d’un côté, et de celle du Comité d’Action Prison-Justice de l’autre
  • Un coin lecture où les prolétaires du monde entier pouvaient récupérer et lire la liasse 8 « Se Défendre - 2 », consulter plusieurs livres, brochures et documents produits au long des batailles sur le terrain judiciaire et ailleurs, et sachant que l’on peut être aveugle, ne pas savoir ou ne pas vouloir lire et qu’il faut quand même pouvoir prendre connaissance des documents ainsi les matériaux pour une liasse sonore étaient écoutables, une partie avait été diffusée sur FPP le jeudi précédant les rencontres, et c’est toujours accessible sur le site. C’était aussi au cas où Super Soul serait venu plus tôt, malgré le fait qu’il n’était attendu que dans le cadre du ciné-club, il aurait pu vouloir participer aux discussions, sais-t-on jamais, des porosités ont parfois du bon.

Se Défendre a finalement été relaxé suite à l’impossibilité de trouver un juge - dont l’incompétence n’aurait pas manqué d’être soulevée - sans-doute trop occupé qu’ils étaient à l’oppression des larges masses dans la vie quotidienne.